La vie brève |

981. Nada

vendredi 1 mai 2020
J’ai connu Georges lors d’une de mes débâcles économiques, je tentais de me refaire une santé dans les îles. Nous étions voisins. Il avait loué une villa, inachevée faute de crédits. Certaines pièces étaient habitables et d’autres à la merci des caprices météorologiques. La vue y était sublime, cosmique, c’était celle de l’apôtre de l’Apocalypse… 
Georges vivait en ermite, ses besoins comme les miens, réduits à l’essentiel.
Tous les matins, il posait une toile blanche contre le mur, restait devant elle des heures à rêvasser (il prétendait qu’elle s’imbibait de ses pensées ) il allait ensuite la ranger dans un réduit obscur et inscrivait soigneusement sur le châssis, la date et l’heure, puis il descendait au village où je le retrouvais…
Le lendemain, idem, avec une nouvelle toile blanche…
Quand je l’ai revu, l’année d’après, l’opération était identique, mais sans toile…
Il avait beaucoup progressé…

4 commentaires sur “981. Nada”

  1. Michel LESSORE dit :

    heureusement que Daniel n’est pas Georges ,sans toile,il ne pourrait plus nous surprendre et nous enchanter avec la vie bréve

  2. Benoît dit :

    Toujours juste, toujours une « ambiance » qui nous parle, toujours l’intelligence de ton trait autant que celle de ton propos ou de ton humour. Et puis aussi, la force de ton obstination que je pourrais saluer à chacun de tes formidables « articles ». J’entend le bruit du ressac accompagner la brise légère et le tintement de ce pinceau qui ne cesse de tourner dans son pot pendant que les serpent s’enfuient.
    Georges à tout compris et on l’envie.

    Je ne te redis pas à chaque fois mon admiration, mais je n’en pense pas moins.

    Bien à toi

    Benoît

  3. La vierge toile que sa blancheur défend…

  4. cerisier-struk dit :

     » Depuis son exposition à la Tate Gallery, Georges est devenu un ami .
    Ce que j’apprécie le plus en lui ? Sa modestie, sa pureté . »
    Parole de galeriste

     » Quand on nous a proposé des oeuvres de Georges D. , nous n’étions pas prêts, je crois , mon épouse et moi.
    Et pourtant l’avant-garde a toujours été dans nos cordes. Maintenant que la cote de cet artiste est à six chiffres, nous nous en mordons les doigts tous les jours. »
    Parole de collectionneurs

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