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996. Amour et déclin

vendredi 5 juin 2020

Elle avait la jolie maison romantique et lui l’humour non-sensique.
Elle venait d’une famille d’Europe centrale et lui de Divonne-les-bains par le TGV.
Ils se rencontrèrent lors d’une séance spirite, elle crut reconnaître en lui le père tchèque qu’elle n’avait vu qu’une fois avant qu’il n’émigre, lui, en elle, retrouva la nounou suisse allemande qui l’avait bercé…
Ils changeaient d’avatars au gré des séances, leurs amours étaient multipliées et protéiformes, ancillaires et incestueuses,
inépuisables…
Et il y eut un autre jour, puis une autre nuit, leurs jeux devinrent fastidieux et prévisibles.
Ils accueillirent le déclin avec fatalisme et même soulagement, ils se quittèrent et s’écrivirent, ils imaginèrent ce qu’ils n’avaient pu oser et le reste fut littérature.
La maison inhabitée depuis des années a été vendue récemment à un anglais qui songe à y faire des “bed and breakfast“ de charme.
Des travaux sont à prévoir, les chiens-assis sont délabrés, il y a des fuites aux gouttières et surtout le raccordement à l’écoulement municipal est obligatoire.

5 commentaires sur “996. Amour et déclin”

  1. Teisson Janine dit :

    Merci

  2. Tu devrais en faire un roman… Tout est là!

  3. Daniel Trouillot dit :

    Brève platonicienne. Toutes sortes désirs les rapprochent et leur relation comble leurs manques. Puis vient l’ennui et leur relation se délite. Ils ont perdu l’appétit. Schopenhauer à triomphé de Spinoza !

  4. Chaboud Jack dit :

    C’est curieux, on croirait une évocation de la jeunesse d’Apollinaire.
    Jack

  5. Bernadette Vinçon dit :

    …et encore, c’ était dans une époque ancienne, sans masque…

    Bernadette

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